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SAVOIR, SAVOIR POURQUOI, SAVOIR FAIRE ET SAVOIR EXPLIQUER
par Carlo Fagioli
Souvent j’ai assisté à ce type de conversation : une personne en parlant avec une autre dit : « Voilà, je vais dresser mon chien avec un tel parce que j’ai vu qu’il fait bien telle ou telle chose », et l’autre lui répond : « Eh, mais dis donc, celui la n’a jamais conduit un chien à haut niveau, il n’a jamais eu des résultats, et donc qu’est ce que tu va y faire ». Un autre type de discours est : « Tiens, j’ai entendu un tel qui a fait des remarques sur le travail de tel chien et il me semble qu’il a dit des choses intéressantes ». Et l’autre lui rétorque, encore une fois : « Mais comment veux tu qu’il puisse juger un chien, lui qui n’en a jamais conduit un à haut niveau, donc comment veux tu qu’il en sache quelque chose ? »
Et bien, mon opinion sur ce type d’affirmations est simple et lapidaire en même temps : « Elles n’ont aucune valeur ! ». Pourquoi ? Allons voir ça en détail. Dans beaucoup de sports un bon entraîneur, souvent, pas toujours mais souvent, n’a pas été un grand athlète, un grand compétiteur du sport que par la suite il va enseigner et entraîner. Dans le sport le plus populaire en Italie, le football, l’exemple le plus éclatant a été Arrigo Sacchi, qui a été un médiocre footballeur des catégories inférieures, mais qui en tant qu’entraîneur a tout gagné avec le Milan A. C., et qui a été vice champion du monde en tant que sélectionneur de la Squadra Azzurra, en n’ayant perdu, face au Brésil que aux tirs au but.
Essayons donc d’analyser pourquoi un bon coach peut ne pas avoir été un athlète de haut niveau, et pourquoi, au contraire, un grand compétiteur peut à son tour ne pas devenir un bon entraîneur. Commençons par le premier cas de figure. Un individu peut être un médiocre compétiteur parce qu’il n’a pas les moyens physiques pour pouvoir réussir, il a des limites dans la réalisation concrète des gestes techniques, parce que physiquement il n’y arrive pas, ou bien il se peut que psychologiquement il n’arrive pas à faire face au stress à certains niveaux, donc dans des petits concours il a une bonne réussite, mais dès que le niveau de stress augmente, dès que la pression psychologique devient très forte, il n’arrive plus à bien concrétiser ce qu’il sait faire très bien quand il se trouve en dehors des situations de stress aigu. Par contre, et ça c’est fondamental, un bon entraîneur doit avoir les connaissances, doit avoir fréquenté sa discipline à haut niveau pour pouvoir en connaître en profondeur tous les aspects, aussi bien physiques que psychologiques, il peut donc avoir les compétences pour bien gérer les personnes qui lui font confiance, il peut bien les préparer et graduellement les amener jusqu’aux grands rendez-vous. Voyons maintenant le deuxième cas de figure, celui d’un bon compétiteur qui a eu des excellents résultats à haut niveau, et qui donc a su bien se gérer aussi bien techniquement, que physiquement et psychologiquement, mais qui peut ne pas savoir gérer d’autres personnes, parce qu’il a des limites dans la capacité de faire réaliser par d’autres ce qu’il sait très bien faire par lui même, et donc qui n’est pas capable de transférer à d’autres tout le patrimoine de compétences qui l’ont amené à ses résultats, il ne sait pas adapter tout ça à d’autres structures physiques et psychiques et en définitive à d’autres exigences.
Tout ça est un discours général, mais allons voir en détail, pour ce qui nous concerne, c’est à dire dans le dressage du chien, quelles sont les différences, en tenant compte des quatre énoncés qu’il y a dans le titre de cet article : savoir, savoir pourquoi, savoir faire et savoir expliquer.
Savoir : savoir veut dire connaître et donc il faut connaître les techniques de ce dont on parle. Il faut nécessairement être bien calé dans la situation de la compétition, ou l’avoir été, avoir déjà vécu soit en tant qu’athlète, soit en tant qu’accompagnateur, ou au moins en tant que visiteur, mais pas superficiel, de grands évènements, de grands concours internationaux, pour pouvoir en cueillir tous les aspects spécifiques et profonds. C’est ça le savoir. Evidemment s’il faut transmettre à d’autres ce savoir, il faudra nécessairement connaître un petit peu la pédagogie, la psychologie, et savoir donc adapter ce qu’on a observé chez d’autres concourants, aux personnes spécifiques auxquelles on veut apprendre.
Mais pour transmettre à d’autres ce qu’on connaît il faut encore un autre degré de profondeur : Savoir pourquoi. Je peux observer une certaine technique qui marche bien, mais pour le dressage, je dois savoir pourquoi ce que j’ai vu marche si bien. Donc pourquoi ce que j’ai vu faire par d’autres fonctionne dans la tête du chien et comment ça fonctionne. C’est ça le savoir pourquoi. Si je connais le pourquoi, je pourrai le transmettre aux personnes que je vais entraîner, et en leur faisant comprendre pourquoi ce que je leur dis donne des résultats, je vais transmettre et enseigner la façon de penser du chien, et je vais leur donner des éléments très importants pour pouvoir travailler dans la quotidienneté seuls avec leur chien en pouvant mieux vérifier quelles sont les réponses du chien, pour les aider à faire évoluer le rapport avec leur chien ; et encore plus pour leurs permettre d’anticiper ce que j’appelle les tendances à la faute, dès les premiers signes avant coureurs pour les empêcher de devenir des véritables fautes. Donc savoir pourquoi certaines techniques marchent, me permettra d’avoir des éléments pour mieux enseigner et donnera aux personnes des éléments pour mieux comprendre, dans la vie de tous les jours, comment se rapporter à leur chien, en réussissant à comprendre tout de suite les petits détails qui clochent, que, si on ne prend pas garde, dans le temps peuvent devenir des aptitudes erronées importantes, qu’on aura vraiment du mal à effacer.
Nous voilà donc au troisième point : Savoir faire. Comme je viens de le dire au début de cet article, même en sachant et en sachant pourquoi, savoir faire est une autre paire de manches. Je peux très bien$avoir tout compris, savoir pourquoi, mais pour des limites physiques ou psychiques dans la gestion de mon stress, dans la précipitation qui m’empêche de tenir le bon rythme, je peux être incapable de traduire en réalité concrète tout ce que je sais. Donc je n’arrive pas à faire tout ce que je connais. Evidemment il serait toujours mieux de réussir à montrer aux personnes comment faire, mais aujourd’hui, avec les moyens audio visuels dont on dispose, il s’agit la d’un handicap qu’on peut facilement surmonter. Permettez moi ici d’introduire une parenthèse pour dire qu’il faut avoir des connaissances très entendues dans le Savoir et dans le Savoir pourquoi, et donc de pouvoir disposer d’une quantité énorme de techniques, qui sont des multiples façons de réaliser concrètement les exercices, pour avoir toujours le choix de la bonne technique à utiliser à l’entraînement avec un couple maître chien bien spécifique, cette personne et ce chien, d’une telle race et d’un tel type. Des techniques donc qui exigent différentes caractéristiques physiques et psychiques. Il est indispensable pour ça d’avoir une connaissance vraiment entendue afin d’aller trouver la bonne technique pour cette personne, pour ce chien, pour ce couple. Tout ça exige une grande capacité de synthèse, parce qu’il faut aller chercher dans sa mémoire tout ce qu’on connaît, en le résumant et souvent en faisant des extrapolations et de collages de différentes techniques, quelque fois en inventant de nouvelle choses pour arriver à donner forme à une technique qu’on n’a jamais vu, mais que nous avons préparé pour répondre aux exigences du couple spécifique que nous sommes en train d’entraîner.
Et nous voilà donc au dernier point en question, c’est à dire : Savoir expliquer. Pour ça il faut, bien entendu, une prédisposition naturelle à la pédagogie. Il faut en avoir les capacités, il faut vouloir apprendre aux autres. Pour les professionnels, il ne suffit pas d’avoir la motivation de la rémunération, mais il faut une véritable passion pour l’enseignement, parce qu’il y a bien des situations où on arrive vraiment au découragement, quand on n’arrive pas à créer une syntonie avec ceux qu’on entraîne. Et la il faut aller au fond de ses compétences et de ses capacités pour pouvoir enfin entrer dans le « monde » du couple qu’on entraîne. Il s’agit donc d’un travail de psychologue, d’un travail de pédagogue, qui implique qu’on décompose tout ce qu’on doit apprendre pour pouvoir mieux le faire intégrer par le couple en question. Evidemment on peut apprendre tout ça, en ayant déjà la prédisposition à ce type d’activité, on peut s’améliorer avec l’expérience, par l’apprentissage de nouvelles techniques, de nouvelles méthodes d’enseignement et de la communication. Dans le monde d’aujourd’hui tout ça est facilement vérifiable dans tous les domaines. Bien sûr l’optimum serait d’avoir en une seule et unique personne, l’entraîneur, tous les quatre éléments. Ça serait vraiment le top. Mais nous savons bien que c’est extrêmement difficile. J’espère quand même, par cette analyse très synthétique, d’avoir réussi à vous mettre la puce à l’oreille au sujet de tous les clichés stupides qu’on entend souvent au bord du ring ou au bord des terrains d’entraînement, d’avoir pu vous expliquer toute la difficulté du travail du coach, pour ses multiples facettes, pour ses multiples caractéristiques, qui doivent être présents dans une même personne afin qu’elle puisse être un bon coach. En présence d’une demande d’augmentation des qualités et des performances dans toutes les disciplines sportives, il faudra un jour arriver à avoir une équipe de spécialistes, chacun dans son domaine, qui travaillent ensemble. |