Carlo fagioli , éducateur canin et dressage de chien toutes races , comportement , caractère , ring , marche au pied etc..
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LA PRISE DU BOXER AU MORDANT

Article librement traduit du Magazine du B.C.I. n 32/33 1980 à signature de M Mauro Salvador

 

Depuis pas mal d’années je m’occupe des boxers qui font des concours de travail canin en Italie, en Allemagne et en France aussi, les amis des boxers le savent d’ailleurs.

 

La raison de cet article est de pouvoir enfin concrétiser une idée qui depuis le début, c’est à dire depuis que j’ai commencé à sortir en concours avec mon Omo di Boclar, me trottait dans la tête et qui, d’année en année, en cumulant de l’expérience, est devenu de plus en plus pressant, c’est à dire de faire un étude de la phase de défense du conducteur et plus particulièrement des situations qui impliquent une action offensive de la part du chien culminant dans la « prise à la manche ». Le fait de travailler en même temps avec plusieurs sujets différents, me donne la possibilité d’avaliser ou d’invalider certaines hypothèses que mon expérience m’avait conduit à formuler, étant donné que je dispose désormais d’une quantité suffisante de cas pour en faire une base statistique.

 

Autrefois j’étais convaincu que le peu d’aptitude dans cet exercice manifesté par mon chien était du exclusivement à des défauts de mes techniques de dressage.

 

Je ne donnai pas suffisamment d’importance au fait, qui en réalité en a beaucoup, que la baisse des performances de mon chien dans la « prise » allait de paire avec l’introduction en concours des manches allemandes de type « Frabo », qui déjà depuis longtemps étaient utilisées en Allemagne par la Schaeferhund Verein. Mais comme ces problèmes revenaient ponctuellement même quand on utilisait des H. A. chevronnés, et avec un nombre toujours grandissant de boxers, il a fallu se rendre à l’évidence que cette difficulté d’adaptation du boxer à la « Frabo » est bien réelle.

 

Tandis que dans les phases initiales du dressage on ne rencontre aucune difficulté (mordant au chiffon ou sur un sac en toile) et tous les boxers manifestent des excellentes aptitudes, et que les choses changent très peu quand on passe à la « manche jeunes », dès que dans la dernière phase du dressage on passe à la « Frabo », la situation dégringole littéralement, et seulement les sujets au caractère très dur arrivent à s’en tirer, malgré que tous les chiens au début avaient des bonnes aptitudes à l’exercice.

 

Avec les Bergers Allemands par contre, sur 30 sujets présents dans un Centre Sportif S.A.S. en Italie, on a été obligés de faire une sélection très sévère dans les premières phases du dressage ( il y en avait au moins une dizaine qui étaient manifestement inaptes au travail pour manque de courage) mais ensuite tous les sujets capables de mordre au sac l’étaient aussi à la manche de concours.

 

Je suis convaincu qu’il y a un ensemble de causes qui déterminent cette série d’évènements : une sélection, qui a mon avis n’est pas toujours adéquate, faite par les éleveurs qui se basent sur des critères exclusivement en relation avec le succès en exposition et qui s’adresse à une recherche d’un type de boxer élégant en mettant au deuxième plan la puissance, a une très grande importance, et aussi un manque d’attention pour le développement et à la disposition des dents du chien (qui constituent pourtant l’arme offensive, la plus concrète, dont le chien dispose) ; et encore la préférence donnée aux têtes trop étroites et pas suffisamment imposantes.

 

A ce propos voici la description de M. Studer (Theophil Studer fondateur des études physiologiques du chien en Suisse), concernant la tête idéale pour une bonne prise. Il ne faut pas, bien entendu la considérer en termes absolus, s’agissant de juger une tête de boxer, mais ça peut être très utile pour ne pas oublier les caractéristiques morpho-fonctionnelles de notre race.

Il écrit : « Depuis l’antiquité l’homme chercha à obtenir des races canines qui par leur force et par leur appareil masticateur soient capables de combattre des puissants ennemis. Pour obtenir de tels exemplaires on éleva des chiens de grande taille et spécialement ceux avec des dents très développés. Il s’agissait de ceux qui avaient un levier maxillaire très près du point d’intersection, et donc avec la branche du levier la plus courte possible depuis l’épiphyse des muscles masticateurs. Des mâchoires aussi raccourcies deviennent trapues et lourdes pour des chiens qui ont un fort développement de la dentition. Cette solidité et cette pesanteur de la mandibule exigeaient un fort développement des muscles de la mâchoire. Il en découle donc que les gouttières de l’os alvéolaire du maxillaire s’accentuent, la crête sagittale s’élève énormément, les pommettes se développent abondamment et le muscle temporal retrouve un ample espace dans les fosses crâniennes. Les pommettes mêmes, non seulement s’étendent mais se renforcent et s’épaississent pour donner au masséter un point d’insertion suffisant ».

 

Il est donc évident pour M. Studer, que le raccourcissement asymétrique de la mandibule et de la mâchoire, rend cette dernière plus lourde mais aussi plus forte dans son ossature, et qu’a ça doit correspondre une plus grande force des muscles de la mastication.

 

Si ça ne se vérifie pas, on aura un déséquilibre entre les éléments osseux et les éléments musculaires de la mandibule, et donc il y aura un hypofonctionnement de la mandibule même.

 

 

 

Or, s’il est bien vrai que le boxer, chien de défense, dans le monde actuel ne doit plus nécessairement combattre avec des taureaux ou des lions comme son ancêtre mastiff, est aussi vrai qu’il doit pouvoir « arrêter » un homme, peut être armé et disposé aux pires folies, avec la puissance de son mordant.

Seulement un chien qui a une prise en rapport avec sa structure osseuse et musculaire, peut réussir à le faire, et ça signifie concrètement en thermes morphologiques que seulement un boxer qui a des bons muscles masticateurs (c’est à dire avec des masséters modérément développés et non plats ou pire encore atrophiés) peut s’exprimer pleinement dans la fonction pour laquelle il a été créé.

 

Mais l’ensemble des facteurs dont on a parlé jusqu’ici, encore que très important, nécessite une réflexion plus ample en rapport avec les éléments que je vais maintenant analyser et qui concernent :

  • La structure anatomique des os maxillaires et mandibulaires et leurs insertions musculaires dans le chien dolichocéphale orthognathe ;
  • La même analyse sur le chien brachycéphale prognathe ;
  • La physiologie de l’acte de la « prise » et le type de levier qui s’y exerce.

     

    Dans le chien dolichocéphale, ainsi que dans le brachycéphale, la mandibule est l’union partielle de deux os appelés branches mandibulaires, qui oralement s’unissent pour former le corps de la mandibule (Solaro). A souligner, puisque très important (et on le verra par la suite), le fait que dans les races canines prognathes comme notre boxer, les branches mandibulaires, si on les observe de profil, ne sont pas rectilignes mais courbées vers le haut.

     

    En ce qui concerne la structure et la disposition des muscles masticateurs, il n’y a pas une grande différence entre les deux types céphaliques, hormis le fait que dans les brachycéphales les muscles sont plus volumineux à cause de l’élargissement et de l’épaississement de la base osseuse.

     

    En définitive les muscles qui nous intéressent, vu qu’ils entrent en jeu directement dans la prise sont :

     

  • Le muscle temporal, qui recouvrant la région frontale, s’insère dans le processus coronoïde de la mandibule. Ce muscle en re contractant rapproche la mandibule de la mâchoire.
  • Le muscle masséter, qui prend son origine de l’apophyse zygomatique de l’os du zygoma, et du maxillaire supérieur et qui va s’insérer dans la face latérale de la mandibule ; lui aussi en se contractant détermine la fermeture de la bouche (« Il cane si muove » de Gorrieri-Bonetti).
  •  

    Du point de vue physiologique le fonctionnement de la mandibule est très simple : en effet, dans l’action dynamique de la morsure, s’opère un levier du 3° type (voir dessin 1) où le point d’appui (F – en latin fulcrum) est représenté par l’articulation temporo-mandibulaire, la puissance (P) par l’action combinée des muscles masséter et temporal, et le bras de la résistance (RP) par la distance avec le point de résistance (R) qui se trouve à l’intersection des muscles ci dessus mentionnés. Or il est évident que plus on raccourcit le bras de résistance RP (qui pratiquement coïncide avec le museau), d’autant plus le levier devient avantageux à égalité de puissance, pour les principes élémentaires de la physique bien connus. Théoriquement donc, avec une puissance égale exprimée par les muscles masticateurs, la pression de la morsure au niveau des dents de devant est d’autant plus efficace que la longueur de la mandibule et de la mâchoire est réduite. Pourquoi donc, à l’envers de ce principe théorique, les races dolichocéphales (comme le Berger Allemand) ont en réalité, malgré la puissance inférieure de la morsure, une plus grande facilité pour tenir la prise sur des manches d’un certain type ?

     

    La raison en réalité est assez simple et elle est en rapport, à mon avis, avec la forme spécifique des os mandibulaires, quand on les analyse de profil, des races brachycéphales prognathes, comme notre Boxer. En effet la courbature accentuée des os mandibulaires empêche que les dents se trouvent alignés, ils sont comme au Dessin 2.

     

    La courbature du menton met les incisives et les crocs inférieurs sur une ligne idéale plus haute que les prémolaires et les molaires. Au moment de la prise, quand par l’effet de la contraction des muscles masticateurs, la mandibule se trouve à être très serrée contre la mâchoire, si l’objet qui se trouve entre les dents du boxer est assez tendre pour pouvoir être comprimé par les incisives et par les crocs, alors la forme qu’il assume est telle qu’il permet la prise des prémolaires et des molaires (comme une tenaille qui serre du bois tendre et qui s’enfonce dedans, figure 3) ; mais en revanche si par contre l’objet pris dans la bouche est totalement indéformable, de façon à empêcher la fermeture complète, c’est la courbature même de la mandibule qui empêchera la prise des prémolaires et des molaires (comme une tenaille qui serre un morceau de fer et qui ne peut que le serrer avec les pointes des branches, dessin 4).

     

    Le chien dolichocéphale, bien que mordant, au sens absolu, avec moins de puissance et d’efficacité, pourra maintenir sa prise bien plus facilement dans ce dernier cas, puisque l’alignement rectiligne des os mandibulaires lui permet de serrer l’objet indéformable avec les prémolaires et les molaires, même s’il reste avec la gueule à moitié ouverte (la fermer complètement en serrant avec ce type de manches est impossible pour n’importe quelle race, dessin 4 à gauche).

     

    Avec ce type de manches de concours on crée donc des difficultés supplémentaires au boxer, c’est ce que je disais au début de mon article. Seulement un boxer doué d’un instinct de combat exceptionnel (et il y en a bien sur) pourra compenser avec sa fougue et son agressivité cet handicap, qui est du, et je tiens à le souligner, non à une déficience de la race qui se révèle excellente dans son utilisation pratique, vu que les malfaiteurs ne se promènent pas avec des cuirasses ou des brassards en acier pour se protéger, mais plutôt à l’utilisation de ce type de manches très particulier qui ne permet pas au boxer d’être sur un plan d’égalité avec les autres races. Nous sommes bien d’accord que les juges soient mis en condition d’évaluer la combativité des chiens en concours mais il faudrait qu’ils puissent le faire sur un plan de parité et qu’il ne commettent pas la faute de sous-estimer un chien, on devrait dire une race, qui est désavantagé par sa structure anatomique si on utilise des manches d’un certain type.

     

    Tout ça dans l’intérêt de notre boxer, bien sur, mais aussi du SPORT !!

     

                                                                                      Carlo Fagioli